Chez une femme en âge d’être réglée, l’absence de menstruations pendant plus de trois mois n’est jamais anodine : c’est ce que l’on appelle l’aménorrhée. Elle traduit presque toujours un déséquilibre hormonal ou métabolique qu’il est essentiel d’identifier rapidement.
Dans le webinaire organisé par Simplycure, la naturopathe et nutrithérapeute Manon Borderie revient sur les principales causes pathologiques observées en consultation : aménorrhée hypothalamique1, syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), hyperprolactinémie et hypothyroïdie.
Dans cet article, découvrez comment identifier le niveau du déséquilibre et adapter la prise en charge selon le profil de la patiente.
Aménorrhée hypothalamique : quand le corps passe en mode économie
C’est le tableau le plus fréquent chez les jeunes femmes actives : sport intensif, alimentation contrôlée, stress chronique ou perte de poids rapide. Face à ce déficit énergétique, l’organisme coupe la sécrétion de GnRH ; FSH et LH chutent, bloquant l’ovulation.
Autrement dit, le corps choisit la survie plutôt que la reproduction.
Bilan de référence
ParamètreRepère cliniqueFSH, LH, œstradiolBasAMHNormale ou élevéeInsuline à jeunBasseVitamine DSouvent < 45 ng/mlFerritineCible : 60-100 ng/mlZinc, iode, séléniumÀ vérifier si signes de ralentissement thyroïdien
Plan d’action
Restaurer un équilibre énergétique : +300-500 kcal/j, réintégrer glucides et lipides.
Réduire l’entraînement intensif, favoriser yoga, marche, repos.
Soutenir la stéroïdogenèse : vit. D, fer doux, zinc, cordyceps, bourgeon de framboisier.
À retenir :
Une masse grasse insuffisante = aromatase réduite → moins d’œstrogènes → pas de pic de LH. La prise de poids est souvent la clé du retour de cycle.
SOPK : restaurer l’ovulation en apaisant l’hyperandrogénie
Quand la cause n’est plus énergétique mais métabolique, le diagnostic se tourne souvent vers le SOPK. Le syndrome des ovaires polykystiques reste la première cause d’anovulation persistante.
Cycles longs, acné localisée, hirsutisme, prise de poids… Les signes varient, mais le mécanisme est le même : une insulinorésistance qui stimule la production d’androgènes et perturbe l’équilibre hormonal.
Bilan de référence
ParamètreRepère cliniqueLH / FSHLH ≥ FSHAndrogènes (testostérone, DHEA-S)ÉlevésSHBGBasse en cas d’insulinorésistanceGlycémie, insuline, HOMA-IRHOMA > 1,9 = résistance possibleVitamine DÀ optimiser > 45 ng/mlAndrostanediol-glucuronideMarqueur d’excès de DHT
Plan d’action
Sensibiliser à l’insuline : myo-inositol, chrome, petit-déj protéiné, marche post-repas.
Modérer la DHT : zinc, ortie, palmier nain, graines de courge, thé vert.
Soutenir la thyroïde et la vit. D pour stimuler l’aromatase.
À retenir :
Le SOPK n’est pas qu’un trouble ovarien : c’est un déséquilibre métabolique global. Le traitement doit viser l’insuline autant que les androgènes.
Hyperprolactinémie : lever le frein dopaminergique
Quand le stress s’installe, la dopamine chute, la prolactine monte, et l’ovulation s’interrompt. Une hyperprolactinémie modérée suffit parfois à bloquer le cycle.
Avant d’envisager des examens lourds, il faut vérifier qu’il ne s’agit pas d’un faux positif lié à l’effort, au repas ou à la charge mentale.
Si le taux de prolactine reste haut, explorez la fonction thyroïdienne ; une hypothyroïdie légère peut l’augmenter2. En présence de valeurs très élevées ou de symptômes comme des céphalées ou des troubles visuels, un IRM de l’hypophyse est indiqué.
Bilan de référence
ParamètreRepère cliniqueProlactineÉlevée (25-100 ng/ml)TSHSouvent > 2 mUI/LFSH, LHNormales ou basses
Plan d’action
Refaire le dosage à jeun, au calme (stress et effort = faux positif).
Soutenir la dopamine : L-tyrosine ou aliments riches (œufs, amandes, fromages frais).
Réduire la charge mentale : magnésium bisglycinate, rhodiola, ashwagandha.
Explorer l’hypophyse (IRM) si prolactine très élevée ou céphalées.
À retenir :
Toujours éliminer une hypothyroïdie associée avant d’envisager un adénome.
Hypothyroïdie : un maillon souvent négligé
Enfin, certaines aménorrhées cachent un ralentissement thyroïdien.
La T3 joue un rôle clé dans la maturation folliculaire, la conversion des hormones stéroïdiennes et la régulation de la prolactine.
Un dysfonctionnement, même léger, peut bloquer l’ovulation.
Bilan de référence
ParamètreRepère cliniqueTSHParfois « normale » < 4 mUI/L, mais > 2 souvent déjà trop hauteT3 libre, T4 libreBassesFerritine, zinc, iode, séléniumCofacteurs de la conversion T4 → T3
Plan d’action
Optimiser les cofacteurs : iode, sélénium, zinc, fer.
Encourager un petit-déjeuner protéiné riche en L-tyrosine.
Soutenir la T3 : vit. D, sommeil, gestion du stress.
À retenir :
Une hypothyroïdie même « légère » peut bloquer l’ovulation ; vérifier systématiquement la T3/T4 et non la seule TSH.
Micronutrition : ces « petits manques » qui entretiennent l’aménorrhée
Quelle que soit la cause, la correction des déficits nutritionnels reste un levier essentiel.
Une simple carence en vitamine D ou en fer peut suffire à déséquilibrer l’axe ovarien.
Ce tableau récapitule les priorités à vérifier en pratique.
NutrimentRôle cléSources pratiquesVitamine DRégule les hormones et soutient la sensibilité à l’insulineExposition solaire, compléments si besoinFerIndispensable à la synthèse des hormones stéroïdiennesViandes, légumineuses, compléments doux si carenceZincParticipe au métabolisme des androgènes et à l’équilibre glycémiqueHuîtres, graines, fruits de mer, complémentsIode et séléniumEssentiels à la santé thyroïdienne et au bon développement des folliculesAlgues, noix du Brésil, poissonsCholestérolPrécurseur de toutes les hormones sexuellesŒufs, poissons gras, abats de bonne qualité
Lire la situation en un coup d’œil : tableau décisionnel récapitulatif
Devant une aménorrhée de plus de trois mois, ce tableau aide à identifier le scénario le plus probable et à choisir les premiers gestes cliniques.
Contexte cliniqueBilan de baseOrientationPremier levierApports énergétiques faibles, activité sportive intense ou stress important, règles absentes depuis plusieurs moisFSH, LH et estradiol bas, AMH normale ou élevée, insuline basseAménorrhée hypothalamiqueAugmenter les apports caloriques, réduire le sport, soutenir la récupérationCycles irréguliers ou absents, acné, hirsutisme, parfois prise de poidsLH plus élevée que FSH, androgènes augmentés, SHBG basse en cas d’insulinorésistanceSOPKMyo-inositol, petit-déjeuner protéiné, marche après les repas, zincGalactorrhée, céphalées, contexte de stress avant le prélèvementProlactine élevée à confirmer, TSH parfois supérieure à 2 mUI/LHyperprolactinémieRefaire le dosage au repos, soutenir la dopamine, explorer la thyroïdeFatigue, frilosité, transit lent, moral basTSH supérieure à 2 mUI/L, T3 et T4 basses, carence possible en fer, iode ou séléniumHypothyroïdieOptimiser cofacteurs thyroïdiens, et envisager un avis médical
Aménorrhée : identifier les causes, restaurer l’équilibre
Face à une aménorrhée, la priorité du praticien est de comprendre la cause sous-jacente : déficit énergétique, déséquilibre métabolique, stress chronique ou frein thyroïdien.
Chacun de ces scénarios traduit une réponse adaptative du corps, qu’il s’agit de décrypter avant de corriger.
En pratique, la prise en charge combine trois piliers :
Explorer l’axe hormonal (FSH, LH, TSH, prolactine, androgènes, T3/T4) pour localiser le blocage.
Corriger les carences micronutritionnelles qui entretiennent le trouble (vitamine D, fer, zinc, iode, sélénium).
Rééquilibrer le terrain via l’alimentation, le sommeil et la gestion du stress.
L’objectif n’est pas seulement de relancer les menstruations, mais de restaurer une fonction hormonale stable, et durable.
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