Cycle menstruel : bien plus que les règles, une grille de lecture en consultation

Énergie, sommeil, digestion, faim, poids, humeur : une bonne partie de ce que vos patientes et clientes décrivent en consultation varie au fil du mois. Lors du webinaire Simplycure du 8 octobre 2026, Gaëlle Baldassari, médiatrice scientifique, formatrice en éducation menstruelle et fondatrice de Kiffe Ton Cycle, a proposé d'ajouter une couche d'observation à toutes les pratiques : savoir où en est la personne dans son cycle avant d'interpréter un symptôme. Voici ses repères, ses chiffres et ses mises en garde.
Gaëlle Baldassari, webinaire Simplycure sur le cycle menstruel en consultation
  • Selon Gaëlle Baldassari, le cycle menstruel ne se résume pas aux règles : les hormones qui varient au fil du cycle agissent sur le cerveau, les intestins, les os, les muscles, la peau et le système cardio-vasculaire.
  • La phase lutéale est normale ; le syndrome prémenstruel, lui, signe un déséquilibre. Les règles physiologiques ne sont pas douloureuses, et une douleur mérite une exploration.
  • Digestion, sommeil, faim et poids fluctuent selon les phases : avant de conclure, elle invite à vérifier si un symptôme est permanent, amplifié à certains moments du cycle ou présent seulement à certaines phases.
  • Seuls 13 % des cycles durent 28 jours, et la durée ne suffit pas : une phase lutéale doit durer au moins 10 jours, et un cycle régulier peut être anovulatoire.
  • La compétence ne varie pas au fil du cycle, seule sa perception change : elle déconseille d'organiser la vie de ses patientes selon les phases.

Le cycle menstruel, ce n'est pas les règles

Gaëlle Baldassari part d'un constat de terrain : dans les ateliers de Kiffe Ton Cycle, quand on demande combien de temps dure un cycle, beaucoup de personnes répondent « deux ou trois jours ». Elles savent quand arrivent leurs règles, mais n'ont aucune idée de l'impact du cycle sur le reste de leur vie. Conséquence pour les praticiens : ce sont rarement les personnes concernées qui parlent de leur cycle en consultation. C'est au professionnel de poser la question.

Le sujet a aussi une histoire. Il y a cent ans, une femme vivait en moyenne une cinquantaine de cycles, entre des premières règles plus tardives, des grossesses rapprochées et des allaitements longs. Aujourd'hui, c'est 400 à 500 cycles dans une vie : un phénomène plus présent et plus répétitif, que la recherche commence seulement à explorer.

Enfin, le cycle ne concerne pas que l'utérus. L'estradiol et la progestérone agissent sur presque tous les organes, qui en portent les récepteurs : cerveau, intestins, os, muscles, peau, vaisseaux et système cardio-vasculaire.

Les quatre temps du cycle, vus comme une session de surf

Pour rendre la physiologie parlante, Gaëlle Baldassari compare chaque cycle à une vague, qu'on peut subir ou apprendre à surfer :

  • Les règles : les hormones sexuelles sont au plus bas. C'est une période de repos et de prise de recul, où la fatigue peut être plus présente.
  • La phase folliculaire : l'estradiol monte progressivement et fonctionne comme une pédale d'accélérateur. C'est la prise d'élan.
  • L'ovulation : les œstrogènes sont à leur maximum, avec un petit pic de testostérone qui oriente davantage vers l'interaction et le lien.
  • La phase lutéale : la progestérone prend le relais. Plus de calme et de créativité, moins de masque social, mais aussi une sensibilité accrue à ce qui ne va pas.

Phase lutéale et syndrome prémenstruel : ne plus confondre

C'est l'un des messages sur lesquels elle insiste le plus. La phase lutéale est normale : il est normal, dans cette période, de repérer ce qui pourrait être amélioré dans sa vie. Le syndrome prémenstruel, lui, signe un déséquilibre. Selon ses mots, il n'est pas normal de souffrir ou d'être en détresse dans cette période.

L'ovulation, et non les règles, au centre du cycle

Les règles sont l'élément le plus visible, mais l'objectif biologique du cycle est l'ovulation : sans ovulation, pas de sécrétion de progestérone ni de cycle normal. Pour Gaëlle Baldassari, savoir repérer son ovulation devrait faire partie des connaissances de base de chaque femme.

Ce que le cycle change dans vos consultations

Le fil rouge de son intervention tient en une question : le symptôme qu'on m'apporte est-il présent seulement à certains moments du cycle, amplifié à certains moments, ou sans lien avec le cycle ? La réponse change la lecture du cas.

Digestion

Selon le chiffre qu'elle cite, 73 % des femmes ont un symptôme digestif avant ou pendant les règles. La progestérone a tendance à ralentir le transit : la constipation peut augmenter en période prémenstruelle, puis laisser place à des diarrhées à l'arrivée des règles. Une alternance constipation et diarrhée présente en permanence ne raconte pas la même chose qu'une alternance qui revient systématiquement à l'approche des règles. Dans le second cas, le corps réagit aux fluctuations hormonales, et le soutien hormonal peut être plus pertinent que la seule prise en charge du symptôme digestif.

Température et sommeil

Après l'ovulation, la température centrale augmente de 0,3 à 0,7 degré. Les bagues, montres et bracelets connectés qui suivent la température peuvent alors signaler à tort une fatigue ou un début de maladie. Cette hausse a aussi un effet sur le sommeil : le corps a besoin que sa température baisse pour s'endormir, et y parvient moins bien en phase lutéale. Le sommeil y est souvent moins facile à trouver et moins réparateur. Face à une plainte de sommeil, la question devient : trouble permanent, aggravé en phase lutéale, ou lié à la chute de la progestérone quelques jours avant les règles ?

Faim et fringales

La dépense énergétique au repos est plus élevée en phase lutéale. Dans un plan alimentaire qui réduit les apports de façon linéaire, sans tenir compte du cycle, le besoin supplémentaire de cette phase peut se traduire par des fringales vécues comme une rechute. Gaëlle Baldassari y voit un risque d'échec, de culpabilité, et d'aggravation de troubles du comportement alimentaire lorsqu'ils sont présents. Son conseil : dire aux patientes qu'il est normal d'avoir plus faim dans cette période, et réfléchir avec elles à des repas qui couvrent ce besoin.

Poids et rétention d'eau

Dans une étude qu'elle cite, menée sur 62 femmes pendant un an, le gonflement ressenti atteint son maximum le premier jour du cycle. Le poids lui-même peut varier d'une semaine à l'autre selon la phase, et un déséquilibre entre œstrogènes et progestérone peut favoriser la rétention d'eau. Elle en a fait l'expérience : à une époque où elle avait un syndrome prémenstruel important, son poids variait de deux kilos sur chaque cycle, sans que ni elle ni la diététicienne qui la suivait n'en aient conscience. Quand vous faites monter une patiente sur une balance, elle recommande de vous demander où elle en est de son cycle : une prise de poids avant les règles ne relève pas forcément du rééquilibrage alimentaire.

Douleurs de règles : un signal, pas une fatalité

Selon le chiffre présenté, 40 % des femmes de 18 à 49 ans ont des règles douloureuses qu'elles notent à plus de 4 sur 10. Pour Gaëlle Baldassari, la douleur a été banalisée faute de moyens d'investigation, alors qu'elle signale toujours quelque chose. Elle prend une comparaison simple : une personne qui aurait extrêmement mal aux genoux trois jours par mois ferait l'objet de recherches. Les contractions du myomètre peuvent être ressenties, voire inconfortables, mais les règles physiologiques ne sont pas douloureuses.

Quand la douleur empêche de reprendre ses activités, elle doit être explorée par un professionnel de santé. L'endométriose en est une cause de plus en plus connue, avec une errance diagnostique estimée à sept à neuf ans entre le premier signalement et le diagnostic. Une fois les investigations faites et si aucune cause n'est identifiée, l'accompagnement du mode de vie et le soutien de l'équilibre hormonal peuvent aider à diminuer les douleurs.

Compétence et perception : les limites du « cycle syncing »

La tendance venue des États-Unis consiste à organiser sa vie selon son cycle, par exemple en plaçant ses rendez-vous importants en phase ovulatoire. Gaëlle Baldassari déconseille de la relayer en cabinet. D'après les études qu'elle évoque, la compétence sportive ou intellectuelle ne varie pas au fil du cycle ; c'est sa perception qui change. Une sportive peut se sentir moins performante avant ses règles alors que la mesure objective ne montre pas de baisse, encore moins en compétition.

Elle y voit aussi une charge mentale supplémentaire, et un effet pervers : se croire compétente quelques jours par mois, c'est se croire incompétente le reste du temps. Son message aux praticiens : rassurer les personnes sur le fait qu'elles sont compétentes à tout moment. En réponse à une question, elle précise que la mobilisation des ressources cognitives peut demander plus d'énergie en fin de phase lutéale, et que le dialogue intérieur peut y devenir plus critique, ce que les praticiens qui accompagnent la sphère mentale gagnent à avoir en tête. Un brouillard mental prémenstruel, en revanche, n'est pas normal selon elle et peut signaler un déséquilibre.

Pourquoi la durée du cycle ne suffit pas

Le cycle de 28 jours des manuels ne concerne que 13 % des personnes qui ont un cycle. La fenêtre de normalité va de 21 à 35 jours, et jusqu'à 45 jours dans les deux ou trois années qui suivent les premières règles ; elle s'élargit aussi à l'approche de la ménopause.

Mais deux cycles de durée identique peuvent raconter des histoires très différentes. Un cycle de 29 jours peut cacher une ovulation tardive et une phase lutéale trop courte, alors qu'un cycle de 38 jours peut comporter une phase lutéale de 14 jours. Pour être considérée comme normale, une phase lutéale doit durer au moins 10 jours. Et un cycle parfaitement régulier peut être anovulatoire, ce qu'on découvre souvent au moment d'un projet de grossesse. Pour dater correctement les symptômes, il faut donc savoir quand la personne ovule, pas seulement combien de temps dure son cycle.

Gaëlle Baldassari rappelle aussi les périodes où le cycle sort des normes sans qu'il y ait lieu de s'en inquiéter : la puberté, l'arrêt d'une contraception hormonale, le post-partum et l'allaitement, la préménopause. Elle cite enfin le SOPK, qui toucherait 10 à 13 % de la population selon le chiffre qu'elle cite, dont 70 % des personnes concernées l'ignorent.

Repérer l'ovulation : deux outils simples

L'effet patinoire

C'est l'outil qu'elle propose de transmettre en priorité : la sensation de glisse à l'essuyage, liée à la glaire cervicale. Plus la glaire est filante et s'étire entre les doigts, plus on approche de l'ovulation ; le jour où elle est la plus filante est suivi d'un assèchement net, qui signe l'ovulation. Noter la date de son effet patinoire et le nombre de jours jusqu'aux règles donne déjà de premiers indices. Elle précise que cet outil ne sert pas à suivre la fertilité pour éviter une grossesse.

La température basale

Prise au réveil, avant de poser un pied par terre, avec un thermomètre à deux décimales : on repère un plateau bas suivi d'un plateau plus haut, qui signe l'ovulation. C'est le repère le plus accessible quand la glaire est difficile à lire, par exemple avec un dispositif intra-utérin hormonal.

Des cycles sans règles visibles

Interrogée sur ce cas, elle rappelle que l'absence de trompes n'a pas d'impact direct sur le cycle, et qu'avec un DIU hormonal, une partie des personnes continue d'ovuler : 30 à 40 % avec les dispositifs les plus dosés, jusqu'à 90 % avec les moins dosés, selon les chiffres qu'elle donne. Les règles peuvent disparaître alors que les fluctuations cycliques demeurent. Une patiente qui dit sentir un cycle sans avoir de règles mérite donc d'être entendue.

En pratique : la question à poser à chaque consultation

La proposition de Gaëlle Baldassari est simple et s'adapte à toutes les spécialités : demander à la personne où elle en est de son cycle, faire noter l'évolution des symptômes entre les séances et la mettre en regard du cycle, ne pas prendre une information brute à un instant T. Une patiente qui arrive en disant que tout s'effondre peut se sentir très différemment une semaine plus tard. Et avant de conclure qu'un protocole ne fonctionne pas, se demander s'il n'y a pas une dimension cyclique dans l'évaluation. Comme elle le souligne, vous êtes souvent le premier professionnel avec qui la personne a le temps d'en parler.

Revoir le webinaire

Le replay complet est disponible ci-dessous, chapitré. La dernière partie répond aux questions des praticiens : cycle sans règles avec un DIU hormonal, impact du cycle sur la lucidité mentale, traitement hormonal de la ménopause et ressenti de performance, et repérage de l'ovulation par l'effet patinoire.

Retrouvez tout l'écosystème de la micronutrition sur Simplycure

Simplycure réunit plus de 4 500 produits issus de 250 laboratoires sur une seule plateforme : comparateur intégré, questionnaires d'anamnèse, protocoles d'experts et boutique personnalisée à partager à vos patients. Plus de 15 000 praticiens l'utilisent au quotidien. Créez votre compte praticien gratuitement et construisez vos recommandations multi-laboratoires en une seule commande pour le patient.

Questions fréquentes

Le cycle menstruel se résume-t-il aux règles ?

Non. Le cycle comprend les règles, la phase folliculaire, l'ovulation et la phase lutéale. Selon Gaëlle Baldassari, les hormones qui varient au fil du cycle agissent sur de nombreux organes, ce qui explique des variations de l'énergie, du sommeil, de la digestion, de la faim et de l'humeur.

Quelle différence entre phase lutéale et syndrome prémenstruel ?

La phase lutéale est une phase normale du cycle, qui suit l'ovulation. Le syndrome prémenstruel signe un déséquilibre. Il est normal de ressentir les changements de la phase lutéale ; il n'est pas normal de souffrir ou d'être en détresse dans cette période.

Est-il normal d'avoir des règles douloureuses ?

Non. Selon Gaëlle Baldassari, les règles physiologiques ne sont pas douloureuses et la douleur est toujours un signal. Une douleur qui gêne les activités doit être explorée par un professionnel de santé ; l'endométriose fait partie des causes possibles, avec une errance diagnostique estimée à sept à neuf ans.

La durée du cycle suffit-elle pour savoir s'il est normal ?

Non. Seuls 13 % des cycles durent 28 jours, et la fenêtre de normalité va de 21 à 35 jours. Deux cycles de même durée peuvent avoir une ovulation à des moments très différents. Une phase lutéale doit durer au moins 10 jours, et un cycle régulier peut être anovulatoire.

Comment aider une patiente à repérer son ovulation ?

Deux repères simples : l'effet patinoire, c'est-à-dire la glaire cervicale qui devient filante puis laisse place à un assèchement net, et la température basale prise au réveil avec un thermomètre à deux décimales, qui passe d'un plateau bas à un plateau haut. Ces repères ne servent pas à éviter une grossesse.

Ce contenu est destiné aux professionnels de santé et du bien-être. Il reprend les propos tenus par Gaëlle Baldassari lors du webinaire Simplycure du 8 octobre 2026 et ne constitue ni un avis médical, ni une recommandation de prise en charge individuelle. Toute douleur de règles qui gêne le quotidien mérite une exploration par un professionnel de santé.

Lire aussi

Prêt à transformer votre pratique ?

Comparez 4 500+ compléments, envoyez un protocole en un lien et suivez l'observance en temps réel. Gratuit, sans engagement.

S'inscrire gratuitement
Catalogue de 250+ laboratoires, gratuit pour praticiensS'inscrire