L'IA en consultation de santé fonctionnelle : usages réels et garde-fous

Enregistrer une consultation et en sortir un compte rendu structuré. Classer une prise de sang dans le bon dossier patient sans y toucher. Produire ses supports patients sans studio. Clara Materne, nutrithérapeute à Liège, utilise l'IA tous les jours dans son cabinet et estime y gagner une trentaine d'heures par semaine, dont une dizaine qu'elle payait auparavant à des freelances. Lors d'un webinaire Simplycure, elle a ouvert son écran et détaillé ses circuits, leurs limites et le cadre qu'elle pose avant d'ouvrir le moindre outil.
L'IA en consultation de santé fonctionnelle, avec Clara Materne
  • Selon Clara Materne, l'IA a sa place autour de la consultation, pas dedans : préparation, transcription, compte rendu, classement, supports patients et contenus. Le raisonnement clinique et le libre arbitre restent du côté du praticien.
  • Le circuit du compte rendu est simple : enregistrement de la séance avec consentement du patient, transcript complet, génération dans un projet dédié, relecture, export daté dans le dossier patient.
  • Le prompt est le point critique. Sans consigne stricte, l'outil ajoute des recommandations qui n'ont pas été formulées, complète une posologie et invente des références bibliographiques.
  • Le cadre passe avant l'outil : statut du praticien, lieu de stockage, durée de conservation, entraînement du modèle sur les données envoyées, et le réflexe de mettre le moins d'identifiants possible.
  • Côté administratif, le classement des résultats biologiques et des factures, le tri de la boîte mail et un brief quotidien s'automatisent, à condition de garder une confirmation humaine sur les actions sensibles.

L'IA autour de la consultation, pas dedans

Dans beaucoup de cabinets, le temps ne part pas dans la séance elle-même. Il part dans ce que Clara Materne appelle le SAV : l'avant et l'après rendez-vous. Rédiger les rapports, lire et trier les documents reçus, classer les dossiers, répondre aux mails, produire des fiches patients, mettre en page, alimenter une newsletter ou des réseaux sociaux.

C'est là que l'IA intervient dans sa pratique. Selon elle, l'apport principal n'est pas de raisonner plus vite, mais de rendre du temps d'écoute en consultation : « je ne suis pas en train de penser qu'il ne faut pas que j'oublie de prendre mes notes ». Elle n'a pas raccourci ses consultations, elle a supprimé le travail administratif du soir et du week-end.

Poser le cadre avant d'ouvrir un outil

Le statut du praticien change les règles

Selon Clara Materne, trois situations coexistent : le médecin, le praticien réglementé comme un kinésithérapeute ou un diététicien, et le praticien non réglementé, où se trouvent la plupart des naturopathes et des nutrithérapeutes. Chacune a ses obligations et ses droits, et elles ne conduisent pas aux mêmes outils.

Les questions à poser avant d'envoyer quoi que ce soit dans un outil sont toujours les mêmes : où va la donnée, combien de temps est-elle conservée, est-elle utilisée pour entraîner un modèle, et que change le type d'abonnement souscrit. Ce dernier point est souvent négligé alors qu'il détermine le régime appliqué aux contenus envoyés.

Anonymiser, pseudonymiser, paramétrer

Le principe qu'elle retient : moins il y a d'informations personnelles, mieux c'est. Pas de nom complet, pas de date de naissance, pas de numéro de dossier, pas de mail ni de téléphone. « Ma patiente de 47 ans avec tel et tel souci » ne dit pas la même chose qu'un nom associé à une date de naissance.

Au-delà de l'anonymisation, elle décrit un système de pseudonymisation interne : à la création d'un dossier patient, un pseudo est généré et réutilisé ensuite dans les outils d'IA. L'opération peut elle-même être automatisée, sinon elle ajoute une charge administrative qui annule le bénéfice.

Deux réglages complètent le tableau : désactiver l'amélioration du modèle à partir des contenus envoyés, dans les paramètres de contrôle des données, et privilégier un hébergement européen ou suisse quand le contexte l'exige.

Elle rappelle aussi ce qui reste flou aujourd'hui : le statut juridique d'un compte rendu produit par une IA, la frontière avec les logiciels de dispositif médical, et la couverture en responsabilité civile professionnelle en cas d'erreur d'un assistant. Le cadre juridique avance moins vite que les usages.

Du transcript au compte rendu de consultation

Le circuit

Chez elle, le consentement est intégré aux conditions générales de vente que le patient accepte à la prise de rendez-vous : il accepte d'être enregistré pour la génération d'un rapport de consultation.

La séance est captée par un enregistreur dédié, capable de tenir de longues conversations et de distinguer les voix. Elle n'utilise pas le rapport généré par l'appareil : elle récupère le transcript intégral et le passe dans un projet dédié, formaté une fois pour toutes. Le document sort avec une date en tête de fichier, ce qui suffit à classer les rapports par ordre chronologique sans intervention.

Le prompt qui empêche l'IA d'inventer

C'est le point le plus important de sa démonstration. Sans consignes strictes, l'outil ajoute des recommandations alimentaires qui n'ont jamais été formulées, complète une posologie non donnée, ou produit des références bibliographiques qui n'existent nulle part et qui ont toutes les apparences du sérieux.

Ses consignes : ne rien inventer, ne rien reconstituer, ne se baser que sur le transcript, rester objectif, ne pas chercher à faire plaisir, critiquer plutôt qu'abonder. Elle insiste aussi sur la mémoire : un modèle qui rejoue d'anciennes conversations mélange les patients. La relecture finale reste obligatoire.

Autre correctif utile : les noms de molécules et de marques sont mal orthographiés par défaut. Un bisglycinate de zinc écrit de travers se corrige en éduquant l'outil de dictée en amont, et en orientant la recherche vers un catalogue de référence plutôt que vers le web ouvert.

Une trame de rapport stable

Sa structure de rapport ne change pas d'une consultation à l'autre : plaintes cliniques, recommandations alimentaires, recommandations de complémentation avec les références, ce qu'il faut continuer, ajouter ou arrêter, les examens à prévoir et les rendez-vous à organiser avant le suivi. Une trame fixe est ce qui rend l'automatisation possible.

L'administratif qui tourne en arrière-plan

Chaque soir, une automatisation scanne sa boîte mail, récupère les pièces jointes et les range dans le dossier patient correspondant. Les factures partent vers son programme comptable. Le matin, un agent lui envoie un point sur la journée : les patients attendus, les mails restés sans réponse, ce qui n'a pas été fait la veille.

Sa messagerie est équipée d'un assistant qui hiérarchise les priorités et rédige les réponses, qu'elle dicte à la voix plutôt que de les taper. Elle décrit le résultat comme « une petite secrétaire personnalisée ».

Un garde-fou important : elle ne donne pas d'accès automatique sur tout. L'outil demande confirmation avant d'exécuter une action sensible. Une analyse rangée dans le mauvais dossier est difficile à retrouver, et le rangement d'un ordinateur reste quelque chose de personnel.

Supports patients, contenus et formation continue

Les fiches conseils, les documents remis en consultation et les supports de formation se produisent désormais sans passer par un prestataire. Elle a construit les quarante diapositives de son webinaire de cette manière, en repassant trois à quatre fois sur la structure avant de la faire mettre en forme.

Pour la veille, elle sépare deux usages. La recherche d'études passe par un moteur conçu pour citer ses sources, ce qui limite les références inventées. Et pour ses propres contenus, elle a constitué une bibliothèque interne : ses cours, ses articles, les ouvrages qu'elle juge fiables, avec la consigne de ne répondre qu'à partir de cette documentation, jamais depuis le web.

Un détail qui compte pour la crédibilité : un texte visiblement produit par une IA décrédibilise son auteur, même quand celui-ci en assume entièrement le contenu. Ponctuation américaine et tirets longs sont les marqueurs qu'elle cite.

Ce que ça coûte, en euros et en tokens

Les abonnements payants représentent un budget mensuel, qu'elle compare aux dix heures de freelance qu'elle n'achète plus. Elle décrit aussi une contrainte moins visible : les tokens. Plus une conversation s'allonge, plus chaque nouvelle question relit tout l'historique et consomme.

Sa règle : ne pas laisser traîner de longues mémoires, compresser ou relancer une conversation devenue trop lourde, et charger les images à la main plutôt que de les faire générer. Le bénéfice est double, budgétaire et écologique.

Les limites à garder en tête

Selon Clara Materne, les risques principaux ne sont pas techniques. La standardisation excessive vient en premier : plus on délègue, moins on raisonne. Elle se dit clairement opposée aux protocoles tout faits, dans un métier où l'individualisation est le cœur du travail.

Viennent ensuite l'illusion de justesse d'une réponse bien formulée, les hallucinations, les erreurs sur les compléments et les molécules, et les références inventées. Elle refuse également les algorithmes qui proposent automatiquement une complémentation à partir d'un résultat d'analyse.

Garder le libre arbitre du praticien

Le message qu'elle a répété tout au long de la session tient en une phrase : l'outil allège les tâches répétitives, il ne décide pas à la place du thérapeute. Ni le jugement, ni l'individualisation, ni la responsabilité ne se délèguent.

Elle utilise d'ailleurs l'IA comme contradicteur plus que comme assistant : une fois son rapport rédigé, elle demande ce qu'elle aurait pu oublier. Parfois la réponse ouvre une piste, parfois elle est sans intérêt. Dans les deux cas, c'est elle qui tranche.

Chercher sur des critères objectifs, décider soi-même

C'est la même logique que celle de Simplycure : un catalogue de plus de 4 500 produits et 250 laboratoires, interrogeable sur des critères objectifs comme la présence ou l'absence d'un actif, la comparaison de formules, le dosage. L'outil ne propose pas de complémentation à partir d'un tableau clinique, et les données de santé des questionnaires patients sont hébergées en Europe.

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Questions fréquentes

Peut-on utiliser l'IA pour rédiger un compte rendu de consultation ?

Oui, à condition d'encadrer la démarche. Selon Clara Materne, le circuit passe par un consentement patient inscrit dans les conditions générales, un enregistrement, un transcript complet, une génération dans un projet dédié, puis une relecture systématique avant export dans le dossier patient.

Comment éviter que l'IA invente des recommandations ?

Par le prompt. Les consignes qu'elle utilise sont explicites : ne rien inventer, ne rien reconstituer, ne se baser que sur le transcript, rester objectif, critiquer plutôt qu'abonder. Elle vide aussi la mémoire entre deux dossiers, sinon d'anciens échanges se mélangent au rapport en cours.

Quelles données peut-on envoyer dans un outil d'IA ?

Le moins possible. Ni nom complet, ni date de naissance, ni numéro de dossier, ni coordonnées. Une formulation générique comme « une patiente de 47 ans » suffit dans la plupart des cas. La pseudonymisation d'un dossier, avec un code réutilisé ensuite, va un cran plus loin.

Quel gain de temps peut-on attendre ?

Clara Materne évoque une trentaine d'heures par semaine dans sa propre organisation : une vingtaine d'heures de travail administratif, et une dizaine d'heures qu'elle sous-traitait auparavant à des freelances pour le graphisme, l'informatique et son site. Le chiffre lui est propre et dépend du niveau d'automatisation atteint.

L'IA peut-elle aider à choisir un complément alimentaire ?

Sur des critères objectifs, oui : rechercher une forme précise, comparer des formules, vérifier la présence ou l'absence d'un actif. Sur le raisonnement clinique, non. C'est la position qu'elle défend, et celle qui structure la recherche du catalogue Simplycure.

Contenu informatif destiné aux professionnels de santé, issu d'un webinaire Simplycure. Il ne remplace pas un avis médical et ne constitue pas une recommandation de produit. Les outils et les pratiques décrits sont ceux de l'intervenante.

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