Ce que la micronutrition change concrètement dans la consultation
La micronutrition est un terme d'origine française, structuré depuis 1997 autour de l'IEDM, association présidée par le Dr Didier Chos et partenaire de PiLeJe depuis la même année. Aucune définition de référence officielle du terme n'existe en France. Au quotidien, cette orientation modifie trois choses, toutes descriptibles sans allégation sur les effets de tel ou tel nutriment.
Un temps d'anamnèse plus long
La consultation orientée micronutrition repose sur une anamnèse élargie : histoire alimentaire, rythme des repas, mode de vie, sommeil, activité physique, traitements en cours. Ce recueil prend sensiblement plus de temps qu'une consultation standard, et ce temps doit entrer dans le modèle économique du cabinet dès le départ.
Une place centrale donnée à l'alimentation et au mode de vie
Le cœur de la démarche est le conseil alimentaire et d'hygiène de vie, individualisé à partir de l'anamnèse. Ce travail d'accompagnement relève pleinement de la compétence du médecin, sans statut particulier.
Une éventuelle recommandation de compléments alimentaires
Le médecin peut être amené à recommander des compléments alimentaires. Recommander, pas prescrire : les compléments sont des denrées alimentaires (décret n° 2006-352 du 20 mars 2006), ils ne font pas l'objet d'une ordonnance remboursable. Ce conseil s'exerce dans un cadre déontologique strict, résumé plus bas.
Se former d'abord : les voies existantes et leur financement
Aucun texte n'exige un diplôme spécifique pour conseiller l'alimentation en tant que médecin, mais la formation est le premier élément que le décret de 2020 permet de mentionner sur un site de cabinet. Le DU Micronutrition de l'Université de Strasbourg (106 heures) est actif au catalogue 2026-2027, et le DIU « Micronutrition, alimentation, prévention et santé » de l'Université Paris Cité existe avec une déclinaison active à Montpellier. Côté financement, le FAF-PM exclut explicitement les actions diplômantes ou certifiantes (DU, DIU, capacités) de sa prise en charge 2026, et le crédit d'impôt formation des dirigeants a été supprimé, dernière application sur les dépenses 2024. Cursus, publics, coûts et financement sont comparés dans Formation médecine fonctionnelle, micronutrition : comparatif 2026.
Facturer la consultation : hors nomenclature, prix libres
C'est le sujet que les pages existantes traitent le plus mal, et celui qui conditionne la viabilité de l'orientation.
Le cadre général
Les consultations orientées micronutrition s'exercent typiquement hors nomenclature : non remboursées par l'Assurance maladie, à honoraires libres. Les honoraires d'un médecin sont soumis au principe déontologique de tact et mesure, et le patient en est informé avant l'acte.
Les fourchettes qui circulent, et leur valeur
Des fourchettes grand public circulent, de 80 à 250 € la consultation. Elles proviennent de sources non recoupées, sans méthodologie publiée : un ordre de grandeur du marché, pas une référence tarifaire. Aucune moyenne fiable n'existe. Chaque praticien construit son tarif à partir de ses coûts et de son temps de consultation réel.
La double tarification en secteur 1 : une question sans réponse publique
La vraie question est celle du généraliste secteur 1 qui voudrait pratiquer deux tarifs : la consultation conventionnée au tarif opposable d'un côté, une consultation de nutrition hors nomenclature à honoraires libres de l'autre. Cette question précise a fait l'objet d'une chronique juridique du Quotidien du Médecin publiée le 11 avril 2023. Sa réponse est derrière un paywall et n'a pas pu être vérifiée : ce guide ne la reprend donc pas, ni dans un sens ni dans l'autre.
Avant de mettre en place un montage à double tarification, trois interlocuteurs peuvent valider votre situation : votre CPAM (pour la frontière entre actes conventionnés et hors nomenclature), votre URPS, et le conseil départemental de l'Ordre (pour la conformité déontologique). Une réponse écrite sur votre montage précis vaut mieux que n'importe quel article de blog.
Ce que ça change pour vous. Ne construisez pas votre grille tarifaire sur les fourchettes en ligne ni sur le cabinet voisin. Chiffrez votre temps réel de consultation, ajoutez vos charges, obtenez une validation écrite de votre CPAM ou de votre conseil de l'Ordre sur le montage secteur 1 / hors nomenclature avant la première facturation, et annoncez le caractère non remboursé avant chaque rendez-vous.
Informer le patient : avant, pendant, après
L'information du patient est ce qui rend le dispositif défendable en cas de contrôle ou de litige. Trois moments.
Avant la consultation
Le caractère hors nomenclature et non remboursé s'annonce au moment de la prise de rendez-vous au plus tard : sur le site du cabinet, sur la fiche de prise de rendez-vous en ligne, ou oralement au secrétariat. Le patient ne doit jamais découvrir le tarif en fin de consultation.
Au cabinet
Affichage des honoraires en salle d'attente, et devis ou information écrite préalable pour les montants engagés. Aucun seuil chiffré spécifique aux consultations de micronutrition n'existe dans les textes : appliquer les obligations générales d'information sur les honoraires, sans en inventer.
Dans le dossier
Chaque conseil donné, alimentaire ou de complémentation, se trace dans le dossier du patient : ce qui a été recommandé, sur quelle base, avec quelle information délivrée. Cette traçabilité protège le médecin et permet le suivi.
Recommander des compléments dans ce cadre
Le résumé tient en cinq lignes. La médecine ne doit pas être pratiquée comme un commerce (article 19, R.4127-19) : pas de vente de compléments au cabinet. Le compérage est interdit avec toute personne physique ou morale (article 23). Toute ristourne ou commission est interdite (article 24), avec des sanctions pénales pouvant atteindre 75 000 € et 2 ans d'emprisonnement. La recommandation elle-même reste licite : conseiller un complément, le noter au dossier, orienter le patient vers un point de vente ou une plateforme, sans aucun flux financier vers le médecin. La ligne de partage : conseil indépendant et tracé d'un côté, commerce et commission de l'autre.
Un point souvent ignoré : le règlement (CE) n° 1924/2006, article 12 c), interdit dans la publicité des compléments toute référence « à des recommandations émanant d'un médecin ou d'un professionnel de santé déterminé » (fiche DGCCRF du 7 novembre 2025). Votre nom, votre image ou votre témoignage ne peuvent donc pas apparaître dans la communication commerciale d'un produit. Si un laboratoire vous le propose, la réponse est non.
Communiquer sur cette orientation : ce que permet le décret de 2020
Depuis le décret n° 2020-1662 du 22 décembre 2020, l'interdiction générale de publicité faite aux médecins a disparu. La communication est libre, mais encadrée par l'article R.4127-19-1 : loyale et honnête, sans comparaison avec des confrères, sans incitation à des actes inutiles ; toute information scientifique doit être étayée, présentée avec prudence et mesure, sans présenter des hypothèses comme des acquis.
Appliqué à une page de site ou à une fiche annuaire, cela permet trois choses : décrire la formation suivie (intitulé exact du DU ou DIU, université, année), décrire le déroulé de la consultation, et afficher les honoraires avec la mention hors nomenclature. Cela interdit les promesses de résultat, les listes de troubles que la consultation « améliorerait », et tout titre inexistant : « médecin fonctionnel » ou « médecin micronutritionniste » ne sont pas des mentions reconnues, seuls les titres et mentions expressément admis sont affichables (articles 79, 80 et 92 du code de déontologie). Le détail, précédent de l'homéopathie compris (mention suspendue pour les nouveaux inscrits le 3 octobre 2019), est dans Qu'est-ce que la médecine fonctionnelle ? (section Qui peut la pratiquer).
Le tableau détaillé de cette section est présenté en bas d'article.
Les chiffres de contexte, avec leurs réserves
Le tableau détaillé de cette section est présenté en bas d'article.
Trois séries de données situent le contexte. Aucune ne mesure la micronutrition.
Le rapport du CNOM sur les PSNC (adopté le 3 février 2023, publié en juin 2023) indique que 60 % des Français ont déjà eu recours à une pratique de soins non conventionnelle, et le sondage Odoxa du 31 janvier 2019 relevait que 65 % des professionnels de santé n'avaient jamais été formés à ces pratiques. L'enquête de La Revue du Praticien Médecine Générale du 13 mars 2023, menée auprès de 314 généralistes pratiquant déjà des médecines alternatives et complémentaires, ne mesure pas la micronutrition et repose sur un échantillon non représentatif de la profession. Ces chiffres sont détaillés, avec leurs limites, dans définition, preuves et limites de la médecine fonctionnelle.
Quant au nombre de médecins pratiquant la micronutrition en France, aucune donnée fiable n'existe : les seuls chiffres disponibles sont des auto-déclarations d'organismes de formation, non recoupées. Le champ est réel mais non mesuré, et non reconnu. La médecine fonctionnelle, terme souvent employé comme s'il en était le synonyme, relève d'un statut différent : un fact-check de l'Agence Science-Presse du 7 juillet 2026 conclut que son efficacité n'est pas démontrée, ce qui vaut pour ce terme et non pour les cursus universitaires français de micronutrition. La cartographie des trois termes est dans Qu'est-ce que la médecine fonctionnelle ?.
Les erreurs à éviter
S'afficher « médecin fonctionnel »
Ce n'est pas un titre, et l'affichage d'un titre non reconnu expose à une procédure disciplinaire (articles 79, 80 et 92). Décrire une orientation, oui ; s'inventer une spécialité, non.
Sous-estimer le temps de consultation dans le modèle économique
Un tarif qui ne couvre pas le temps réel d'anamnèse condamne l'orientation économiquement, ou pousse à bâcler l'anamnèse, ce qui la vide de son sens. Le temps se chronomètre sur les premières consultations, puis le tarif s'en déduit.
Communiquer au-delà du décret de 2020
Promesses de résultat, listes d'indications, témoignages mis en avant : chaque formulation qui dépasse le cadre loyal, honnête, étayé et mesuré de l'article R.4127-19-1 crée un risque disciplinaire.
Oublier la traçabilité
Un conseil de complémentation non tracé au dossier est indéfendable en cas de litige. La note prend trente secondes ; son absence peut coûter beaucoup plus.
Verrouiller la facturation sans validation
Mettre en place une double tarification sur la foi d'un forum ou d'un confrère, sans interroger sa CPAM ou son conseil de l'Ordre, revient à bâtir son modèle économique sur une réponse qu'on n'a pas lue.
À retenir
- La micronutrition en médecine générale : anamnèse plus longue, conseil alimentaire central, recommandation éventuelle de compléments, sans vente ni commission (articles 19 et 24 du code de déontologie).
- Les consultations s'exercent hors nomenclature, non remboursées, à prix libres ; les fourchettes de 80 à 250 € qui circulent ne sont pas recoupées.
- La double tarification en secteur 1 n'a pas de réponse publique vérifiée : validation écrite par la CPAM, l'URPS ou le conseil de l'Ordre avant tout montage.
- Le patient est informé du caractère non remboursé avant la consultation, et chaque conseil est tracé au dossier.
- La communication est libre depuis le décret du 22 décembre 2020, mais loyale, honnête, étayée et mesurée : décrire la formation, le déroulé et les honoraires, jamais des résultats ni un titre inexistant.
- Le FAF-PM exclut les DU et DIU et le crédit d'impôt formation des dirigeants est supprimé : le coût de formation se finance en propre.
Simplycure permet aux praticiens de recommander des compléments de plusieurs laboratoires en un lien : le patient commande et est livré directement, avec l'information réglementaire du fabricant, et bénéficie d'une remise. Sans stock, sans flux financier vers le praticien. Créer un compte praticien gratuit.
Avertissement. Ce contenu est informatif et ne remplace pas un conseil juridique, fiscal ou comptable. La situation de chaque praticien, en particulier le montage tarifaire d'un cabinet conventionné, doit être vérifiée avec un professionnel du droit, la CPAM ou l'Ordre.
Sources
- Code de la santé publique, articles R.4127-19, R.4127-23, R.4127-24 (code de déontologie, articles 19, 23 et 24).
- Principe de tact et mesure pour les honoraires : code de déontologie médicale ; le numéro d'article exact est à vérifier sur Légifrance.
- Décret n° 2020-1662 du 22 décembre 2020 et article R.4127-19-1 (communication des médecins).
- Code de déontologie, articles 79, 80 et 92 ; suspension de la mention « homéopathie », 3 octobre 2019. Article 92 : ex-article 81, renuméroté par le décret n° 2026-691 du 27 juillet 2026.
- CNOM, rapport PSNC, adopté le 3 février 2023, publié en juin 2023.
- Règlement (CE) n° 1924/2006, article 12 c) ; fiche DGCCRF du 7 novembre 2025.
- Décret n° 2006-352 du 20 mars 2006 relatif aux compléments alimentaires.
- Université de Strasbourg, DU Micronutrition, catalogue 2026-2027.
- Faculté de médecine Montpellier-Nîmes, fiche 2026-2027 de la déclinaison du DIU Micronutrition, alimentation, prévention et santé.
- FAF-PM, critères de prise en charge 2026 ; BOFiP du 6 mai 2026 (loi de finances 2025).
- Le Quotidien du Médecin, chronique juridique du 11 avril 2023 (sous paywall, non vérifiée).
- Odoxa, sondage du 31 janvier 2019.
- La Revue du Praticien Médecine Générale, enquête du 13 mars 2023.
- Agence Science-Presse, « La médecine fonctionnelle a-t-elle prouvé son efficacité ? Non », 7 juillet 2026.



