Accompagner, pas juger la prescription
Le Dr Anne Lucas pose le cadre d'emblée : il ne s'agit pas de discuter l'intérêt de la prescription des agonistes du GLP-1 et du GIP, devenue incontournable, mais de se positionner en professionnel de santé qui pratique la micronutrition et la médecine fonctionnelle. Ces patients prendront leur traitement de toute façon. La question est de les aider à en tirer les bénéfices, à mieux tolérer ses effets indésirables et à obtenir des résultats qui durent.
L'enjeu est d'autant plus fort que l'obésité est aujourd'hui définie comme une maladie chronique, et que ces molécules sont pensées comme un traitement au long cours. Pour elle, c'est précisément là que l'approche fonctionnelle prend tout son sens : considérer ces agonistes comme une fenêtre d'opportunité pour mettre en place les bonnes stratégies nutritionnelles, micronutritionnelles et d'hygiène de vie, en travaillant sur les causes profondes du trouble métabolique.
Un rappel qu'elle répète tout au long de son intervention : doses, titration et décroissance relèvent du médecin prescripteur, dans le cadre du résumé des caractéristiques du produit.
GLP-1 et GIP : ce que la physiologie nous apprend
Contrairement à d'autres classes pharmacologiques du passé, le GLP-1 et le GIP existent dans l'organisme. Ce sont deux hormones incrétines sécrétées par l'intestin en réponse à la prise alimentaire : le GLP-1 par les cellules L, le GIP par les cellules K. Leur concentration physiologique est de l'ordre du picomolaire et leur demi-vie ne dépasse pas quelques minutes.
Le Dr Anne Lucas souligne un point clinique : chez les personnes en obésité, et plus encore chez les diabétiques de type 2, la sécrétion de GLP-1 en réponse aux glucides est fortement diminuée, alors qu'elle est conservée en réponse aux lipides. Les agonistes, eux, sont des molécules de synthèse qui agissent sur les mêmes récepteurs à des doses de l'ordre du milligramme, avec une demi-vie de plusieurs jours, d'où une administration hebdomadaire.
Épargne insulinique plutôt qu'effet sécrétagogue
C'est la notion qu'elle demande de retenir. Le GLP-1 augmente la sécrétion d'insuline, mais de manière glucose-dépendante : sans élévation de la glycémie, il n'y a pas d'amplification. Or toutes les autres actions de ces traitements font baisser la glycémie en amont : diminution de la faim et des envies alimentaires, augmentation de la satiété, ralentissement de la vidange gastrique. Résultat : moins besoin d'insuline. Le Dr Anne Lucas parle d'insulin sparing, une épargne insulinique, plutôt que d'un effet sécrétagogue qu'on leur a parfois prêté à tort.
Perdre du poids ou optimiser la composition corporelle ?
Les résultats sur le poids sont inédits pour un traitement médicamenteux : près de 21 % de perte de poids en moyenne sur 72 semaines avec le tirzépatide, contre environ 3 % sous placebo. Mais pour le Dr Anne Lucas, l'objectif d'un accompagnement fonctionnel n'est pas de perdre du poids. C'est d'optimiser la composition corporelle.
Or, selon les études, la perte de masse non grasse peut atteindre 40 % du poids perdu, dont une grande partie de masse musculaire. S'y ajoute un risque de perte de masse osseuse, notamment chez les femmes en périménopause ou ménopausées. D'où sa recommandation : un DEXA avant le traitement, puis à six mois et à un an, pour suivre l'évolution réelle de la composition corporelle. Anne-Catherine Dumortier ajoute que l'outil est aussi très pédagogique pour les patients.
Reconstruire l'assiette : les protéines d'abord
Une partie non négligeable des patients sous agonistes ne fait que manger moins de ce qu'ils mangeaient avant. Le déficit calorique ne leur demande plus aucun effort, puisqu'ils n'ont plus faim. Mais manger de plus petites quantités des mêmes aliments ne restaure pas la santé métabolique. L'objectif de l'accompagnement est de reconstruire un modèle alimentaire favorable, pour que les résultats tiennent si le traitement s'arrête.
Structurer les repas
Le Dr Anne Lucas propose trois repas structurés, sans grignotage, ce qui est facile à mettre en place quand la faim est diminuée. Elle y associe une alimentation en temps restreint précoce : un dernier repas pris le plus tôt possible, avec une fenêtre de jeûne nocturne d'au moins 12 heures, et une hydratation en dehors des repas.
La protéine au centre de chaque assiette
C'est sa première recommandation pour tout patient sous agoniste du GLP-1 : faire des protéines alimentaires de bonne qualité la priorité. Parce que le volume alimentaire diminue, il faut concentrer dans de petites portions la quantité de protéines suffisante et les micronutriments. Ses repères :
- Par repas : au moins 25 à 30 g de protéines et 2,5 g de leucine, le seuil qui active la synthèse protéique musculaire.
- Par jour : au moins 1,2 g par kilo de poids corporel, et en pratique elle vise 1,5 g. Quand l'effet du traitement s'atténue et que les envies reviennent, il lui arrive de monter à 2 g.
- Personnaliser : les besoins ne sont pas les mêmes chez une femme de 1,50 m et chez un homme de 1,90 m, ni selon l'activité physique.
Viandes, volailles, abats, œufs, produits laitiers : elle privilégie les protéines animales pour leur profil complet en acides aminés essentiels et leur digestibilité. En questions-réponses, elle mentionne les protéines en poudre à base de pois ou de graines de courge, le tofu et le tempeh pour les patients végétariens. Elle rappelle aussi qu'en l'absence de pathologie rénale, des études sur la sécurité des apports protéiques montrent une bonne marge, jusqu'à 3 g par kilo et par jour.
Glucides et lipides : nuancer
Chez le patient insulino-résistant, les glucides ne doivent pas être une priorité dans l'assiette. Selon le Dr Anne Lucas, l'optimisation des apports en protéines améliore tellement les signaux de faim et de satiété que la réduction des glucides raffinés en devient souvent la conséquence naturelle. Elle préfère raisonner en glucides nets plutôt qu'en index glycémique, avec des seuils adaptés au degré d'insulino-résistance de chaque patient.
Quant aux lipides, elle invite à ne plus en avoir peur : beaucoup de ces patients se sont privés de lipides toute leur vie. Des lipides de bonne qualité à chaque repas, en petite quantité selon la tolérance, participent à la satiété, à une meilleure gestion de la glycémie après le repas et à la stimulation de la sécrétion biliaire. Ce qu'elle écarte : les acides gras trans industriels et les huiles de graines de piètre qualité.
Préserver la masse musculaire : l'assiette ne suffit pas
La synthèse des protéines musculaires répond à deux signaux : un signal nutritionnel, l'apport en protéines et en leucine, et un signal mécanique. Le Dr Anne Lucas insiste : il faut conseiller à chaque patient sous agoniste du GLP-1 une activité physique de résistance, c'est-à-dire du renforcement musculaire progressif. Les patients en surpoids ont tendance à privilégier le cardio et l'endurance ; ce n'est pas l'activité qui optimise la composition corporelle.
Elle ajoute un repère simple pour la glycémie : marcher 10 à 20 minutes après chaque repas aide à lisser les variations glycémiques postprandiales.
Micronutriments : un risque de déficits accru
Avec quelques centaines de calories par jour et une densité micronutritionnelle des aliments déjà en baisse, ces patients sont particulièrement exposés aux déficits. Des carences en fer, vitamine B12, iode et vitamine D sont retrouvées chez ces sujets. L'objectif n'est pas d'attendre la carence, mais d'optimiser chaque statut vers des valeurs optimales de santé, plutôt que des valeurs de référence statistiques.
Elle prend l'exemple de la ferritine chez une femme non ménopausée : entre 15 et 150 selon les laboratoires, mais une valeur optimale autour de 75. Concrètement, elle propose de dépister par la biologie fonctionnelle les vitamines liposolubles, les vitamines du groupe B, le sélénium, le zinc et l'iode, de commencer par un multivitamine en attendant les résultats, puis d'ajuster avec des formules unitaires.
Troubles digestifs et titration
Nausées, reflux, constipation ou diarrhée sont les effets indésirables les plus fréquents. Elle rappelle l'intérêt d'une titration lente, à voir avec le médecin prescripteur, et un conseil pratique : le pic des effets indésirables survenant un à trois jours après l'injection, la faire le jeudi permet souvent de le vivre le week-end.
Quand la cause profonde est psycho-émotionnelle
Chez certains patients, le déséquilibre de la balance énergétique n'est pas d'abord métabolique. Rapport conflictuel à l'alimentation, alimentation émotionnelle, crises d'hyperphagie, restriction cognitive : dans ces situations, les agonistes du GLP-1 sont une aide précieuse, parce qu'ils apaisent les envies et le « food noise ». Pour le Dr Anne Lucas, c'est le moment de travailler le rapport à l'alimentation, seul ou avec des psychologues et diététiciens formés à l'approche psychonutritionnelle, pour que le patient dispose d'outils quand les envies reviendront.
Un cas clinique : 60 kg perdus, 8 kg repris en trois mois
Le Dr Anne Lucas a conclu sur un cas reçu le jour même. Un homme de 1,80 m, monté à 140 kg, avec une stéatose hépatique et une insulinémie à 25 sans être diabétique, a pris du tirzépatide pendant un an. Il a perdu près de 60 kg sans difficulté, et son insulinémie est passée de 25 à 5. Il a arrêté au bout d'un an : coût du traitement, effets indésirables, retour des compulsions sucrées. Trois mois plus tard, il avait repris 8 kg.
Pendant l'année de traitement, il avait simplement mangé moins de la même chose, beaucoup d'aliments ultra-transformés et de glucides, et pratiqué uniquement de l'endurance. Son DEXA montrait près de 30 % de masse musculaire perdue. Le traitement a été efficace ; c'est l'accompagnement qui a manqué. Le travail engagé avec lui : prioriser les protéines, limiter les glucides et introduire le renforcement musculaire.
L'approche micronutritionnelle d'Energetica Natura
Anne-Catherine Dumortier, docteur en pharmacie et naturopathe, a ensuite présenté quatre axes d'accompagnement micronutritionnel pour ces patients, en rappelant qu'ils ne remplacent ni le travail sur l'assiette, ni l'activité physique, ni l'accompagnement psycho-émotionnel :
- Soutenir la masse musculaire : protéines de lactosérum isolées riches en leucine, créatine monohydrate et peptides de collagène.
- Limiter les déficits : électrolytes, multivitamines, vitamines du groupe B sous forme active, vitamines liposolubles et oméga-3, avant un ajustement sur mesure guidé par la biologie.
- Améliorer le confort digestif : soutien de la motilité gastro-intestinale, enzymes digestives, soutien de la muqueuse intestinale et fibres.
- Préparer l'après-traitement : soutenir la sensibilité à l'insuline, le métabolisme énergétique, la gestion des envies sucrées et la qualité du sommeil.
Elle insiste sur un point : ces protocoles donnent des lignes directrices, à personnaliser pour chaque patient. Les quatre protocoles sont en ligne sur l'Académie Simplycure, avec les produits et les posologies : retrouvez-les sur la page du webinaire, prêts à être recommandés à vos patients ou ajustés à leur situation.
Revoir le webinaire
Le replay complet est disponible ci-dessous, chapitré. La dernière partie répond aux questions des praticiens : protéines chez les végétariens et intolérance au lactose, viande rouge, œufs, fonction rénale, répartition des protéines dans la journée, DEXA, densité micronutritionnelle des aliments et place des glucides. Le replay est aussi sur l'Académie Simplycure, avec les produits présentés et les quatre protocoles.
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