Selon le Dr Vincent Renaud, l'équilibre acido-basique repose sur la gestion des protons et des bases. Le pH sanguin reste dans une zone très étroite (environ 7,32 à 7,42) grâce à plusieurs systèmes tampons et à l'action conjointe du poumon, du rein, du sang et, en cas de surcharge, de tissus de réserve comme le mésenchyme. Quand la charge acide dépasse les capacités d'adaptation, le terrain s'oriente vers une acidose métabolique latente, associée à de nombreux troubles fonctionnels et maladies de civilisation.
Les organes du maintien du pH
Le rein excrète les acides forts et recapte les bicarbonates ; sa capacité diminue avec l'âge. Le poumon évacue surtout les acides faibles via les échanges CO2 / eau, d'où l'intérêt des exercices respiratoires et de la cohérence cardiaque. L'intestin participe aussi à l'équilibre. La peau excrète des protons par la transpiration (une peau sèche ou fissurée peut orienter vers une acidose latente). Quand les tampons et les émonctoires saturent, l'organisme mobilise l'os puis le muscle, ce qui contribue à la déminéralisation, à l'ostéoporose et à la sarcopénie.
Quels signes orientent vers un déséquilibre
Le tableau est souvent fonctionnel et multiple : baisse d'énergie, fatigabilité à l'effort, frilosité, récupération lente, peau sèche ou crevassée, ongles fragiles, gencives sensibles, digestion difficile et reflux, crampes et spasmes, douleurs articulaires et tendineuses, hypersensibilité à la douleur, et grande réceptivité aux infections. Ces signes invitent à rechercher une acidose tissulaire latente.
D'où vient la charge acide
Elle a deux origines, l'alimentation et le métabolisme. Les protéines animales apportent surtout des acides forts (acide urique, phosphorique, sulfurique), neutralisés en partie par le foie puis éliminés par le rein ou la sueur ; à saturation, ils s'accumulent dans les tissus, surtout le mésenchyme. Les fruits et légumes apportent surtout des acides faibles (citrique, oxalique, pyruvique), dont le poumon évacue rapidement une partie. Le stress, l'activité physique intense (acide lactique), une alimentation acidifiante et pauvre en minéraux augmentent aussi la charge.
Pourquoi le pH urinaire ne suffit pas
Le pH urinaire varie selon les repas, l'élimination rénale, la transpiration et les autres voies d'excrétion, et il ne reflète pas l'ensemble des mécanismes de tamponnage, notamment l'ammoniac. Un indicateur plus pertinent est l'acidité excrétée sur les urines de 24 heures (somme des protons excrétés moins les bases). Le mésenchyme, riche en mucopolysaccharides, agit comme une éponge métabolique : il stocke l'excédent acide, ce qui favorise douleurs, raideurs, inflammation et mauvaise récupération.
Acidifiants, alcalinisants : ne pas confondre
L'objectif est de tendre vers un tiers d'aliments acidifiants et deux tiers d'alcalinisants. Les acidifiants regroupent surtout protéines animales, produits laitiers, sucre et féculents raffinés ; les alcalinisants, les fruits, légumes, oléagineux, légumineuses, épices et aromates. Attention : un aliment acide n'est pas forcément acidifiant. Le citron ou la tomate peuvent, après transformation digestive, contribuer à une charge plutôt alcalinisante. Le pH gastrique compte d'ailleurs beaucoup : une acidité gastrique durablement basse (par exemple sous IPP au long cours) perturbe la digestion, le microbiote et la transformation des acides organiques en formes alcalinisantes.
Comment rééquilibrer la charge acide
- Rééquilibrer l'assiette : plus de légumes, de fruits et de végétaux, moins de produits raffinés et de féculents ; accompagner chaque portion de protéines de légumes ou de fruits (à titre d'ordre de grandeur, environ 250 g de légumes pour 150 g de viande).
- Choisir les bonnes formes de minéraux : potassium, calcium, magnésium et zinc, de préférence sous forme de citrates, qui alcalinisent davantage que les bicarbonates.
- Soutenir vitamine D et vitamine K2 : elles favorisent l'utilisation du calcium par l'os plutôt que son dépôt rénal ou tendineux.
- Hydratation : des eaux riches en bicarbonates et peu sodées soutiennent le terrain ; prudence avec les eaux très sodées.
- Mouvement et transpiration : activité physique, sauna et hammam participent à l'élimination des protons.
- Terrain inflammatoire et oxydatif : oméga 3 et vitamines D, K et E s'inscrivent dans la même logique.
Profils à surveiller et bilan utile
Une attention particulière s'impose chez les personnes sujettes à la lithiase urinaire ou à la goutte, les sportifs, les petits consommateurs de fruits et légumes, les personnes âgées, stressées ou sous IPP. Chez le sportif, l'équilibre minéralo-ionique est déterminant pour limiter crampes, myalgies, fractures de fatigue et troubles de récupération. Côté biologie, l'ionogramme urinaire sur 24 heures, le rapport sodium/potassium urinaire (qui ne devrait pas dépasser 1) et la calciurie sont plus utiles que le pH urinaire isolé. Chez la personne âgée dénutrie, la glutamine peut soutenir le tamponnage via l'ammoniac, mais dans une stratégie globale, pour éviter la fonte musculaire.
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