Les troubles hormonaux touchent de nombreuses femmes, avec des tableaux variés : syndrome prémenstruel, cycles anovulatoires, périménopause, ménopause, insuffisance lutéale, atrophie vaginale, bouffées de chaleur ou encore fragilité osseuse. Selon William Kadmiry, deux approches reviennent souvent, les hormones bio-identiques et les phytohormones, et les confondre conduit à des erreurs de stratégie.
Trois familles à ne pas confondre
Les hormones bio-identiques
Elles proviennent du végétal puis sont transformées en laboratoire. Leur structure chimique reste strictement identique à celle des hormones produites par le corps. Origine végétale ne signifie donc pas phytohormone : une hormone bio-identique reste une hormone.
Les hormones de synthèse
Leur structure est différente, même si elle reste proche des hormones naturelles. De petites modifications suffisent à changer l'absorption, le métabolisme et les effets secondaires. Parmi les exemples cités : l'éthinyl-estradiol, le lévonorgestrel et les œstrogènes équins.
Les phytohormones
Ce sont des composés d'origine végétale, mais ce ne sont pas des hormones : ce sont des modulateurs. Leur effet dépend du contexte (dose, récepteurs, terrain, microbiote). Elles ne remplacent pas une hormone déficitaire, mais peuvent moduler une situation hormonale.
Les hormones bio-identiques en pratique
Elles se fixent sur les récepteurs attendus et suivent un métabolisme physiologique. Elles s'utilisent dans un cadre médical, avec des doses adaptées et individualisées.
- Estradiol : œstrogène majeur de la vie fertile, effet systémique, utilisé notamment dans le traitement hormonal de la ménopause, avec la progestérone.
- Estriol : plus faible et plutôt local, utilisé surtout pour l'atrophie et l'hydratation vaginales (ovules, crème).
- Estrone : œstrogène de la ménopause, produit en grande partie dans le tissu adipeux et convertible en estradiol ; prudence en cas de surpoids, où le terrain peut favoriser une imprégnation œstrogénique excessive.
- Progestérone bio-identique : voie orale, vaginale, transdermique ou injectable selon le contexte ; effet diurétique et anti-androgène, en opposition à la rétention d'eau liée aux œstrogènes. Un excès ne convient pas à toutes : chez certaines, elle emprunte des voies de conversion vers les androgènes.
Selon William Kadmiry, on les discute en cas de ménopause confirmée, de périménopause avec carence documentée, d'insuffisance lutéale ou de carence en œstrogènes ou en progestérone, et de symptômes marqués. La dose la plus basse efficace reste la plus cohérente.
Phytohormones : des modulateurs végétaux
Elles regroupent surtout les phytoestrogènes, qui ressemblent à l'estradiol mais avec une puissance bien plus faible. On distingue les isoflavones (soja, trèfle rouge) et les lignanes (lin, sésame). Elles ciblent surtout les récepteurs ER bêta, plutôt protecteurs et moins prolifératifs que les récepteurs alpha, et présentent un effet biphasique : à faible dose elles inhibent l'aromatase, à forte dose elles peuvent devenir œstrogéniques. Leur action dépend aussi de la SHBG et du microbiote.
Le microbiote intestinal change profondément la réponse. Le soja contient de la génistéine et de la daidzéine, dont le métabolite équol est le plus actif sur les récepteurs ER bêta. Or tout le monde ne le produit pas : environ 20 à 30 % des Occidentaux contre 40 à 60 % des populations asiatiques. Le soja agit surtout comme modulateur ; son effet dépend du terrain, doux en cas de déficit œstrogénique, plutôt protecteur en cas d'imprégnation.
Autres repères évoqués : houblon, sauge et lin (effet œstrogen-like) ; gattilier (effet progestérone-like indirect, via la baisse de la prolactine et la hausse de la dopamine) ; alchémille (équilibre hormonal) ; amande verte, sabal et palmier nain (repères anti-androgéniques). Le yam, souvent présenté comme proche de la progestérone, n'en fournit pas.
Bio-identiques ou phytohormones : comment choisir
Selon William Kadmiry, on privilégie les bio-identiques en cas de carence avérée avec symptômes marqués, de ménopause confirmée, de carence en œstrogènes ou en progestérone, ou d'insuffisance lutéale. Les phytohormones trouvent davantage leur place dans le syndrome prémenstruel, les bouffées de chaleur, la périménopause, le soutien doux en cas de refus d'un traitement hormonal, l'atrophie vaginale (approche locale) ou la modulation d'un terrain sans carence majeure.
La place de la micronutrition
Plusieurs situations orientent d'abord vers la micronutrition : migraines cataméniales (magnésium, vitamine B6 active, coenzyme Q10) ; bouffées de chaleur (oméga 3, zinc, et phytohormones selon le cas) ; soutien osseux (vitamine D, vitamine K2, calcium, activité physique) ; soutien du métabolisme des œstrogènes (homocystéine, vitamines B12, B9 et B6, fer, terrain hépatique).
Points de prudence
Même bio-identiques, ces hormones ne relèvent pas de l'auto-supplémentation : les œstrogènes et la progestérone restent sur prescription. L'équilibre œstrogènes / progestérone est central, une imprégnation œstrogénique excessive étant associée à un risque accru (cancer hormonodépendant, fibrome, rétention d'eau). Le terrain compte autant que la molécule : microbiote, âge, poids, statut thyroïdien, stress, inflammation, terrain hépatique, résistance à l'insuline. En cas d'antécédent oncologique, la réflexion se construit avec l'équipe médicale, sur une analyse précise de la balance bénéfice-risque.
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