Une réponse normale du corps, qui peut devenir un problème
Ludovic Brunel commence par un rappel : la fatigue est d'abord une réponse naturelle et défensive de l'organisme face au stress physique et mental, et elle s'améliore généralement avec le repos. Elle devient un problème quand elle empêche d'accomplir certaines activités, faute d'énergie ou d'endurance.
Le phénomène est fréquent. Selon l'intervenant, environ 25 % des patients en soins primaires présentent des problèmes liés à la fatigue, et la COVID-19 a accentué la tendance : le fait d'avoir une infection augmente le risque de développer une fatigue, puis une fatigue chronique. La plupart des patients, souligne-t-il, ne savent pas pourquoi ils sont fatigués.
Comment elle se manifeste
La fatigue recouvre plusieurs sensations : faiblesse, manque d'énergie ou de motivation, épuisement mental, baisse de la capacité de travail physique et intellectuel, endurance musculaire réduite, difficulté à récupérer après l'exercice, et souvent des troubles du sommeil. Elle s'inscrit aussi dans un ensemble de troubles étroitement liés : douleur, insomnie, anxiété et dépression. Une personne déprimée dort souvent mal et bouge moins ; une personne douloureuse perd un sommeil réparateur. Dans les deux cas, la fatigue s'installe.
Ses conséquences dépassent l'inconfort : difficulté à mener les activités quotidiennes, à penser de manière analytique, à prendre des décisions ou à réguler ses émotions, risque accru d'accidents et de micro-sommeils.
Les facteurs de risque à garder en tête
Ludovic Brunel s'appuie sur une étude néerlandaise portant sur plus de 10 000 personnes, qui met en évidence plusieurs facteurs associés à la fatigue : certains médicaments (analgésiques, antidépresseurs, sédatifs), le sexe féminin et l'indice de masse corporelle.
Le stress chronique occupe une place centrale dans son raisonnement. En situation de stress aigu, la production de cortisol augmente pour y faire face. Lorsque le stress se prolonge, cette production peut se dérégler, jusqu'à un état qu'il décrit comme une fatigue surrénalienne, où l'organisme ne parvient plus à produire suffisamment de cortisol.
Trois tableaux à distinguer
La fatigue physiologique
Fréquente chez les adolescents, elle s'améliore avec le repos et reflète souvent un déséquilibre du mode de vie. Elle se prend en charge par une bonne hygiène du sommeil, une alimentation saine et un équilibre des dépenses énergétiques. L'intervenant insiste sur deux points alimentaires : un apport suffisant en calories, surtout chez les personnes âgées, et en protéines. Pour l'activité physique, l'excès comme le manque posent problème : un effort intense épuise à court terme, l'inactivité entretient la fatigue.
La fatigue secondaire
Elle découle d'une condition sous-jacente et s'améliore généralement quand celle-ci est prise en charge. Selon Ludovic Brunel, c'est le cas de la majorité des fatigues, d'où l'importance d'une anamnèse complète. Les pistes à explorer en premier : les infections, l'anémie, un déficit en vitamine B12 (surtout chez les personnes âgées), les troubles musculo-squelettiques et les pathologies psychiatriques.
Le syndrome de fatigue chronique
Il associe une fatigue déclenchée par un faible effort à d'autres symptômes : maux de tête, troubles du sommeil, difficultés cognitives, douleurs musculaires. Le critère que l'intervenant met en avant est le malaise après l'effort. Les symptômes doivent être présents au moins la moitié du temps, avec une intensité modérée à sévère, depuis au moins six mois.
Il reste lucide sur les résultats des approches actuelles : selon les chiffres qu'il présente, environ 2 % des patients rapportent une résolution complète et durable de leurs symptômes, et 64 % une amélioration limitée. Les patients bénéficient en général d'une thérapie cognitivo-comportementale et d'une activité physique ajustée à ce qu'ils tolèrent, l'effort intense étant rarement supporté. Parmi les nutraceutiques, il cite l'acétyl-L-carnitine, qui a montré un effet global positif, ainsi que des résultats prometteurs pour les acides gras essentiels et le magnésium.
Évaluer la fatigue avec des outils simples
En consultation, Ludovic Brunel utilise un tableau d'auto-évaluation de la fatigue. Les items portent sur l'impact de la fatigue au quotidien, la facilité à se fatiguer, le manque d'énergie pour les tâches journalières, l'épuisement physique et mental, la difficulté à commencer les choses, à penser clairement et à se concentrer. Selon lui, un score de 22 et plus indique un problème de fatigue qui justifie un accompagnement.
Chez les personnes actives qui s'entraînent beaucoup, il recourt au questionnaire Hooper-Mackinnon : quatre items en auto-évaluation. Dès que le score augmente anormalement, ou que le total dépasse 20, l'entraînement doit être adapté pour limiter le risque de blessure.
Les fondamentaux de l'accompagnement
Avant tout complément, l'intervenant pose des piliers : une alimentation de type méditerranéen, une prise en charge du sommeil, une activité physique tolérée, l'hydratation et la santé mentale. Ses recommandations alimentaires générales :
- des petits repas fréquents tout au long de la journée ;
- des collations pauvres en sucre et à index glycémique bas ;
- beaucoup de légumes frais ;
- l'alcool à réduire ou à éviter, la caféine à limiter l'après-midi et le soir.
Il insiste surtout sur l'écoute. « C'est souvent des patients qui n'ont pas été capables de trouver des solutions à leurs problèmes, et qui sont un petit peu déçus, ou frustrés même, de leur expérience avec les professionnels de santé », observe-t-il. D'où l'importance de faire preuve d'empathie, d'impliquer le patient dans les décisions et de cibler les symptômes qui varient d'une personne à l'autre.
Les nutraceutiques présentés
Corriger les carences
Selon Ludovic Brunel, les carences sont souvent les plus simples à corriger, avec des formes actives et des complexes associant minéraux et oligoéléments cofacteurs pour une meilleure assimilation. Il en cite trois fréquentes : la vitamine D3, dont les taux sont bas au Canada surtout l'hiver ; le fer, souvent déficitaire chez les femmes ; la vitamine B12, dont l'absorption devient un enjeu chez les personnes âgées.
Le magnésium
Il relie la fatigue nerveuse à un déficit en magnésium, fréquent en cas de stress chronique ou d'alimentation déséquilibrée. Il privilégie le bisglycinate, bien assimilable et source de glycine, et mentionne aussi l'acétyl-taurate de magnésium. Interrogé pendant la session sur le malate de magnésium, il le décrit comme une forme bien étudiée et bien assimilée, qui contribue à la production d'énergie cellulaire, plus souvent utilisée chez les personnes présentant des troubles musculaires, mais globalement proche du bisglycinate.
Le D-ribose
Souvent utilisé dans la fatigue chronique et la fibromyalgie, le ribose contribue, selon l'intervenant, à la tolérance à l'exercice et au maintien des réserves énergétiques des cellules musculaires et cardiaques. Il cite des études rapportant une amélioration significative de l'énergie et du bien-être global.
La mélatonine, sur une courte période
Le sommeil étant un symptôme clé de la fatigue chronique, Ludovic Brunel utilise la mélatonine de façon modérée, sur environ deux semaines, pour aider le patient à retrouver un meilleur cycle de sommeil.
Multivitamines et soutien mitochondrial
Il recommande une multivitamine complète à la plupart de ses patients, en rapportant qu'une supplémentation de ce type est associée, chez les personnes souffrant de fatigue chronique, à une amélioration du sommeil, de la fatigue et des maux de tête. Le dysfonctionnement mitochondrial étant fréquent dans ce tableau, il cite la carnitine, l'acide alpha-lipoïque et la coenzyme Q10. Pour la CoQ10, il fait état d'études montrant, chez des patients atteints de fibromyalgie, une baisse de la fatigue de l'ordre de 47 % après environ 40 jours.
Adaptogènes et champignons médicinaux
- Ginseng rouge coréen (Panax ginseng) : contribue à la résistance au stress et à l'endurance physique, avec des études sur la réduction de la fatigue et la qualité de vie.
- Ginseng sibérien : soutient la résistance au stress et les tâches cognitives.
- Reishi : présenté comme apaisant pour le système nerveux.
- Cordyceps : un adaptogène qui soutient, selon l'intervenant, l'axe surrénalien et thyroïdien.
- Ashwagandha : aide face au stress et à l'anxiété, avec des effets sur certains indicateurs de mémoire et de vigilance.
Ce que le praticien peut en retenir lundi
La fatigue n'est pas un diagnostic, c'est un point de départ. Distinguer le tableau, écarter une cause secondaire, mesurer avec un questionnaire simple et consolider les fondamentaux permet ensuite de choisir des nutraceutiques ciblés plutôt qu'une liste générique. Et, comme le rappelle Ludovic Brunel, un patient qui se sent écouté suit mieux ce qu'on lui propose.
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