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Fatigue chronique : évaluer, distinguer et accompagner en consultation

La fatigue est l'un des motifs de consultation les plus fréquents, et l'un des plus difficiles à cadrer. Lors du webinaire Simplycure du 15 septembre 2026, organisé avec New Roots Herbal, Ludovic Brunel, naturopathe (ND) installé à Calgary, a proposé une grille de lecture en trois temps : reconnaître le type de fatigue, l'évaluer avec des outils simples, puis construire un accompagnement qui part des fondamentaux avant d'aller vers les nutraceutiques.
La fatigue, fléau des temps modernes : webinaire Simplycure avec Ludovic Brunel
  • Selon Ludovic Brunel, environ 25 % des patients vus en soins primaires rapportent des problèmes liés à la fatigue, et les infections augmentent le risque d'installer une fatigue chronique.
  • Trois tableaux à distinguer : la fatigue physiologique, qui répond au repos et à l'hygiène de vie ; la fatigue secondaire, liée à une condition sous-jacente à rechercher en premier ; le syndrome de fatigue chronique, marqué par le malaise après l'effort.
  • Deux outils d'évaluation : un auto-questionnaire de fatigue, où un score de 22 et plus signale un problème, et le questionnaire Hooper-Mackinnon chez les sportifs, où un total supérieur à 20 invite à adapter l'entraînement.
  • Les fondamentaux passent avant les compléments : alimentation méditerranéenne, petits repas à index glycémique bas, sommeil, activité physique ajustée à la tolérance, et une vraie écoute du patient.
  • Côté nutraceutiques, il cite la correction des carences (vitamine D3, fer, B12), le magnésium, le D-ribose, la mélatonine sur une courte période, le soutien mitochondrial (carnitine, acide alpha-lipoïque, CoQ10) et les adaptogènes.

Une réponse normale du corps, qui peut devenir un problème

Ludovic Brunel commence par un rappel : la fatigue est d'abord une réponse naturelle et défensive de l'organisme face au stress physique et mental, et elle s'améliore généralement avec le repos. Elle devient un problème quand elle empêche d'accomplir certaines activités, faute d'énergie ou d'endurance.

Le phénomène est fréquent. Selon l'intervenant, environ 25 % des patients en soins primaires présentent des problèmes liés à la fatigue, et la COVID-19 a accentué la tendance : le fait d'avoir une infection augmente le risque de développer une fatigue, puis une fatigue chronique. La plupart des patients, souligne-t-il, ne savent pas pourquoi ils sont fatigués.

Comment elle se manifeste

La fatigue recouvre plusieurs sensations : faiblesse, manque d'énergie ou de motivation, épuisement mental, baisse de la capacité de travail physique et intellectuel, endurance musculaire réduite, difficulté à récupérer après l'exercice, et souvent des troubles du sommeil. Elle s'inscrit aussi dans un ensemble de troubles étroitement liés : douleur, insomnie, anxiété et dépression. Une personne déprimée dort souvent mal et bouge moins ; une personne douloureuse perd un sommeil réparateur. Dans les deux cas, la fatigue s'installe.

Ses conséquences dépassent l'inconfort : difficulté à mener les activités quotidiennes, à penser de manière analytique, à prendre des décisions ou à réguler ses émotions, risque accru d'accidents et de micro-sommeils.

Les facteurs de risque à garder en tête

Ludovic Brunel s'appuie sur une étude néerlandaise portant sur plus de 10 000 personnes, qui met en évidence plusieurs facteurs associés à la fatigue : certains médicaments (analgésiques, antidépresseurs, sédatifs), le sexe féminin et l'indice de masse corporelle.

Le stress chronique occupe une place centrale dans son raisonnement. En situation de stress aigu, la production de cortisol augmente pour y faire face. Lorsque le stress se prolonge, cette production peut se dérégler, jusqu'à un état qu'il décrit comme une fatigue surrénalienne, où l'organisme ne parvient plus à produire suffisamment de cortisol.

Trois tableaux à distinguer

La fatigue physiologique

Fréquente chez les adolescents, elle s'améliore avec le repos et reflète souvent un déséquilibre du mode de vie. Elle se prend en charge par une bonne hygiène du sommeil, une alimentation saine et un équilibre des dépenses énergétiques. L'intervenant insiste sur deux points alimentaires : un apport suffisant en calories, surtout chez les personnes âgées, et en protéines. Pour l'activité physique, l'excès comme le manque posent problème : un effort intense épuise à court terme, l'inactivité entretient la fatigue.

La fatigue secondaire

Elle découle d'une condition sous-jacente et s'améliore généralement quand celle-ci est prise en charge. Selon Ludovic Brunel, c'est le cas de la majorité des fatigues, d'où l'importance d'une anamnèse complète. Les pistes à explorer en premier : les infections, l'anémie, un déficit en vitamine B12 (surtout chez les personnes âgées), les troubles musculo-squelettiques et les pathologies psychiatriques.

Le syndrome de fatigue chronique

Il associe une fatigue déclenchée par un faible effort à d'autres symptômes : maux de tête, troubles du sommeil, difficultés cognitives, douleurs musculaires. Le critère que l'intervenant met en avant est le malaise après l'effort. Les symptômes doivent être présents au moins la moitié du temps, avec une intensité modérée à sévère, depuis au moins six mois.

Il reste lucide sur les résultats des approches actuelles : selon les chiffres qu'il présente, environ 2 % des patients rapportent une résolution complète et durable de leurs symptômes, et 64 % une amélioration limitée. Les patients bénéficient en général d'une thérapie cognitivo-comportementale et d'une activité physique ajustée à ce qu'ils tolèrent, l'effort intense étant rarement supporté. Parmi les nutraceutiques, il cite l'acétyl-L-carnitine, qui a montré un effet global positif, ainsi que des résultats prometteurs pour les acides gras essentiels et le magnésium.

Évaluer la fatigue avec des outils simples

En consultation, Ludovic Brunel utilise un tableau d'auto-évaluation de la fatigue. Les items portent sur l'impact de la fatigue au quotidien, la facilité à se fatiguer, le manque d'énergie pour les tâches journalières, l'épuisement physique et mental, la difficulté à commencer les choses, à penser clairement et à se concentrer. Selon lui, un score de 22 et plus indique un problème de fatigue qui justifie un accompagnement.

Chez les personnes actives qui s'entraînent beaucoup, il recourt au questionnaire Hooper-Mackinnon : quatre items en auto-évaluation. Dès que le score augmente anormalement, ou que le total dépasse 20, l'entraînement doit être adapté pour limiter le risque de blessure.

Les fondamentaux de l'accompagnement

Avant tout complément, l'intervenant pose des piliers : une alimentation de type méditerranéen, une prise en charge du sommeil, une activité physique tolérée, l'hydratation et la santé mentale. Ses recommandations alimentaires générales :

  • des petits repas fréquents tout au long de la journée ;
  • des collations pauvres en sucre et à index glycémique bas ;
  • beaucoup de légumes frais ;
  • l'alcool à réduire ou à éviter, la caféine à limiter l'après-midi et le soir.

Il insiste surtout sur l'écoute. « C'est souvent des patients qui n'ont pas été capables de trouver des solutions à leurs problèmes, et qui sont un petit peu déçus, ou frustrés même, de leur expérience avec les professionnels de santé », observe-t-il. D'où l'importance de faire preuve d'empathie, d'impliquer le patient dans les décisions et de cibler les symptômes qui varient d'une personne à l'autre.

Les nutraceutiques présentés

Corriger les carences

Selon Ludovic Brunel, les carences sont souvent les plus simples à corriger, avec des formes actives et des complexes associant minéraux et oligoéléments cofacteurs pour une meilleure assimilation. Il en cite trois fréquentes : la vitamine D3, dont les taux sont bas au Canada surtout l'hiver ; le fer, souvent déficitaire chez les femmes ; la vitamine B12, dont l'absorption devient un enjeu chez les personnes âgées.

Le magnésium

Il relie la fatigue nerveuse à un déficit en magnésium, fréquent en cas de stress chronique ou d'alimentation déséquilibrée. Il privilégie le bisglycinate, bien assimilable et source de glycine, et mentionne aussi l'acétyl-taurate de magnésium. Interrogé pendant la session sur le malate de magnésium, il le décrit comme une forme bien étudiée et bien assimilée, qui contribue à la production d'énergie cellulaire, plus souvent utilisée chez les personnes présentant des troubles musculaires, mais globalement proche du bisglycinate.

Le D-ribose

Souvent utilisé dans la fatigue chronique et la fibromyalgie, le ribose contribue, selon l'intervenant, à la tolérance à l'exercice et au maintien des réserves énergétiques des cellules musculaires et cardiaques. Il cite des études rapportant une amélioration significative de l'énergie et du bien-être global.

La mélatonine, sur une courte période

Le sommeil étant un symptôme clé de la fatigue chronique, Ludovic Brunel utilise la mélatonine de façon modérée, sur environ deux semaines, pour aider le patient à retrouver un meilleur cycle de sommeil.

Multivitamines et soutien mitochondrial

Il recommande une multivitamine complète à la plupart de ses patients, en rapportant qu'une supplémentation de ce type est associée, chez les personnes souffrant de fatigue chronique, à une amélioration du sommeil, de la fatigue et des maux de tête. Le dysfonctionnement mitochondrial étant fréquent dans ce tableau, il cite la carnitine, l'acide alpha-lipoïque et la coenzyme Q10. Pour la CoQ10, il fait état d'études montrant, chez des patients atteints de fibromyalgie, une baisse de la fatigue de l'ordre de 47 % après environ 40 jours.

Adaptogènes et champignons médicinaux

  • Ginseng rouge coréen (Panax ginseng) : contribue à la résistance au stress et à l'endurance physique, avec des études sur la réduction de la fatigue et la qualité de vie.
  • Ginseng sibérien : soutient la résistance au stress et les tâches cognitives.
  • Reishi : présenté comme apaisant pour le système nerveux.
  • Cordyceps : un adaptogène qui soutient, selon l'intervenant, l'axe surrénalien et thyroïdien.
  • Ashwagandha : aide face au stress et à l'anxiété, avec des effets sur certains indicateurs de mémoire et de vigilance.

Ce que le praticien peut en retenir lundi

La fatigue n'est pas un diagnostic, c'est un point de départ. Distinguer le tableau, écarter une cause secondaire, mesurer avec un questionnaire simple et consolider les fondamentaux permet ensuite de choisir des nutraceutiques ciblés plutôt qu'une liste générique. Et, comme le rappelle Ludovic Brunel, un patient qui se sent écouté suit mieux ce qu'on lui propose.

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Questions fréquentes

Comment distinguer une fatigue physiologique d'une fatigue secondaire ?

La fatigue physiologique s'améliore avec le repos et reflète un déséquilibre du mode de vie : sommeil, apports caloriques et protéiques, activité physique. La fatigue secondaire découle d'une condition sous-jacente, comme une infection, une anémie ou un déficit en vitamine B12, qu'il faut rechercher en premier.

Quels sont les critères du syndrome de fatigue chronique ?

Selon Ludovic Brunel, le signe clé est le malaise après l'effort, associé à une fatigue profonde, des troubles du sommeil et des difficultés de concentration. Les symptômes doivent être présents au moins la moitié du temps, avec une intensité modérée à sévère, depuis au moins six mois.

Comment évaluer la fatigue en consultation ?

Un auto-questionnaire de fatigue permet d'objectiver la plainte : un score de 22 et plus signale un problème de fatigue. Chez le sportif, le questionnaire Hooper-Mackinnon, en quatre items, invite à adapter l'entraînement dès que le total dépasse 20.

Malate ou bisglycinate de magnésium pour la fatigue ?

Les deux formes sont bien assimilées. Selon Ludovic Brunel, le malate, qui contribue à la production d'énergie cellulaire, est plus souvent utilisé chez les personnes présentant des troubles musculaires, mais les deux formes restent très proches.

Combien de temps utiliser la mélatonine chez un patient fatigué ?

L'intervenant l'utilise de façon modérée, sur environ deux semaines, pour aider à retrouver un meilleur cycle de sommeil, le sommeil étant un symptôme clé de la fatigue chronique.

Nutriments cités dans cet article

MagnésiumBisglycinate de magnésiumVitamine D3Fer

Contenu destiné aux professionnels de santé, rédigé à partir du webinaire Simplycure du 15 septembre 2026 avec Ludovic Brunel, naturopathe (ND), organisé en partenariat avec New Roots Herbal. Les propos rapportés engagent leur auteur. Ce contenu est informatif et ne se substitue pas à un avis médical individualisé.

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